< Une brève histoire du Tango >

Dans ce très intéressant article publié dans La République des Lettres, le lecteur trouvera une synthèse claire et documentée de l’histoire du Tango, de ses origines durant le dernier tiers du 19ème siècle sur les rives du Río de La Plata, à nos jours.
Une exceptionnelle documentation composée d’enregistrements rares donnera un aperçu saisissant de ses multiples sources d’inspiration, tantôt populaires, tantôt bourgeoises.

Une danse née dans un chaudron

Dans sa remarquable étude Tango, du Noir au Blanc (1) Michel Plisson revisite ses sources africaines, son phrasé qui le distingue de toutes les autres danses latino-américaines, son incomparable interprétation de la habanera que l’on entend dans la milonga, la transformation du rythme 2/4 des origines en 4/4 qui a supporté la complexification des mélodies.

Le Tango aurait aussi été autre sans l’intense flux de migrants qui en constitua le chaudron au tournant des XIX et XXème siècles, apportant avec lui toutes sortes de musiques populaires d’Europe. Mus par la volonté de vivre, des centaines de milliers de travailleurs misérables infusèrent dans le tango leurs joies, leurs douleurs, leurs mélodies. Ils lui donnèrent l’incomparable souffle du bandonéon, tout comme sa poésie des jours sombres :

« Que vida más arrastrada/ la del pobre canfinflero/ el lunes cobra las latas/ elmartes anda fulero.. »  (Quelle vie épuisante celle du pauvre maquereau, le lundi il relève les compteurs, le mardi il est fauché) (2).

Tango mystère

Les experts ont envisagé toutes les hypothèses. Mais nulle ne l’emporte. L’origine du mot reste indéchiffrable. Vient-il d’un parler africain, désignait-il un lieu où l’on jouait de la musique, aurait-il existé différents emplois du mot en différents temps et différents lieux qui se seraient fondus en un terme singulier ? Sans acte de naissance, Tango préserve en lui le mystère de ses origines.

Hommes de la classe ouvrière dansant le tango au Rio de la Plata en 1904. Archivo General de la Nación Argentina/ Domaine public

Tango résilience

Le Tango a bien failli disparaître. Les chaînes de la transmission ont bien failli s’interrompre. Honni de généraux jaloux de sa popularité, ses lieux fermés, sa pratique réprimée, ses orchestres concurrencés par l’économie du disque, jusqu’à ses sonorités couvertes par des rythmes venus de l’Amérique du Nord voisine, le Tango s’est redéployé avec les années 80. On se rappelle ce moment de renaissance à Paris, aux Trottoirs de Buenos Aires, rue des Lombards. Le Tango est devenu multiple. Tango des origines, Tango de l’âge d’or, Tango nuevo, le Tango puise sa vitalité de tous les apports de sa longue histoire.

  1. Ed Actes Sud
  2. Une anthologie bilingue du tango argentin – trad Fabrice Hatem – Hors-série La Salida